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Comme promis, je vais vous raconter pourquoi j'étais aussi fumasse hier... Dimanche, alors que nous rentrions de Melides, en passant à la hauteur de la ville où habite ce monsieur-là, il s'est mis à... neiger! Incroyable! Il ne neige que tous les cinquante ans au Portugal! J'en étais presque émue aux larmes de voir les pins parasols de la côte alentejane couverts de neige! Le spectacle était magnifique. Sur les aires d'autoroute, les enfants faisaient des bonds excités, tandis que les parents - qui avaient bien envie de faire la même chose mais se contrôlaient - prenaient d'historiques photos. Vous vous doutez bien que ce n'est pas ce merveilleux, rare et trop fugace phénomène climatique qui m'a mise de mauvaise humeur. Du moins, pas sur le moment. Parce que la boule de neige cache parfois une bombe à retardement...
Lorsque nous sommes arrivés chez nous, dans le Ribatejo, s'il avait neigé, cela ne se voyait déjà plus... Tant pis pour les photos et le bonhomme de neige. Et le lendemain, au moment de démarrer mon scooter, impossible! La neige avait mis ma batterie KO!!! Alertées par les keuf-keuf désespérés de mon engin, deux mémés particulièrement casse-pieds de mon village ont surgi de je ne sais où et se sont mises à me tourner autour comme des mouches autour d'une bouse. "Ben alors, ça marche pas? Elle est cassée, ta moto...? Ça va pas démarrer, là, c'est sûr..." J'étais déjà bien énervée. Mais alors là, je me suis mise à voir rouge! Mais je suis restée calme, et mon indifférence a fini par les décourager. Elles sont reparties derrière leur olivier. Je suis alors allée chercher mon fidèle vélo, qui, pour se venger de mes infidélités motorisées, avaient les freins couinants et les pneus à plat. En rentrant de ma course en bicloune réfractaire, sur les conseils de João, je me suis attaquée au démontage de la batterie du scooter. Et voilà que ressurgit de nulle part l'une des mémés... "Tu sais faire ça, toi? Mais c'est un travail d'homme... Tu vas jamais y arriver..." Je serrais les dents, totalement déconcentrée. Au bout d'un moment de mémé chiante, j'ai craqué, arrêté de bricoler la batterie et claqué la porte de chez moi bien fort. Mais mémé continuait de faire les cent pas, l'air inquisiteur, entre mon terrain et le sien... Au bout d'un moment, ne la voyant plus, je suis sortie triomphalement avec mon tournevis à la main. Et là, stupeur - j'en ai fait un bon de côté - la mémé était soigneusement planquée derrière mon scooter, dans le recoin de mon mur, debout, en train de tricoter. J'ai a moitié hurlé: "Vous m'avez fait peur!!! Mais qu'est-ce que vous fichez là?!" "Je profite du soleil", me répondit-elle avec un sourire en coin. "Ben... Il n'y a pas du soleil qu'à ma porte, quand même...!" J'ai de nouveau claqué la porte. Mais la mémé ne décollait pas de mon mur, le nez quasiment dans ma fenêtre. Normal: le téléphone sonnait chez moi, et elle ne voulait pas perdre une miette de la conversation (c'est assez habituel: mes voisines s'arrêtent toujours longuement devant chez moi, lorsque je suis au téléphone).
C'était João. Alors rien que pour embêter la mémé, nous n'avons parlé qu'en français. Et João m'a soufflé une idée brillante: mettre de la musique bien fort. Mais pas n'importe laquelle. La plus difficile à supporter pour les oreilles d'une mémé de la campagne: du RAP! J'ai commencé par mettre un petit coup de La Harissa, un groupe lusodescendant assez virulent. Les "filho da p..." fusaient, mais la mémé n'a pas bronché. Alors, j'ai enchaîné sur Eminem. Rien. Elle avait même l'air d'aimer. Et si j'essayais Mamonas Assassinas, le Vira-vira, tiens...? Que dalle. Mémé fidèle au poste. En désespoir de cause, j'ai essayé Can't Stop, de Red Hot Chili Peppers, qui marche habituellement assez bien avec les vieux cons. Mais mémé s'accrochait toujours à mon mur... Alors, vraiment parce que je ne savais plus quoi faire, j'ai mis Cities in Dust, un bon vieux tube goth de ma jeunesse, de Siouxie. Et là, miracle! J'ai vaguement entendu marmonner un "música de m...." et la mémé est partie avec son tricot. Moralité: ne reniez jamais vos goûts d'adolescent; un jour, ils pourraient bien vous être utiles!
Em português
Lorsque nous sommes arrivés chez nous, dans le Ribatejo, s'il avait neigé, cela ne se voyait déjà plus... Tant pis pour les photos et le bonhomme de neige. Et le lendemain, au moment de démarrer mon scooter, impossible! La neige avait mis ma batterie KO!!! Alertées par les keuf-keuf désespérés de mon engin, deux mémés particulièrement casse-pieds de mon village ont surgi de je ne sais où et se sont mises à me tourner autour comme des mouches autour d'une bouse. "Ben alors, ça marche pas? Elle est cassée, ta moto...? Ça va pas démarrer, là, c'est sûr..." J'étais déjà bien énervée. Mais alors là, je me suis mise à voir rouge! Mais je suis restée calme, et mon indifférence a fini par les décourager. Elles sont reparties derrière leur olivier. Je suis alors allée chercher mon fidèle vélo, qui, pour se venger de mes infidélités motorisées, avaient les freins couinants et les pneus à plat. En rentrant de ma course en bicloune réfractaire, sur les conseils de João, je me suis attaquée au démontage de la batterie du scooter. Et voilà que ressurgit de nulle part l'une des mémés... "Tu sais faire ça, toi? Mais c'est un travail d'homme... Tu vas jamais y arriver..." Je serrais les dents, totalement déconcentrée. Au bout d'un moment de mémé chiante, j'ai craqué, arrêté de bricoler la batterie et claqué la porte de chez moi bien fort. Mais mémé continuait de faire les cent pas, l'air inquisiteur, entre mon terrain et le sien... Au bout d'un moment, ne la voyant plus, je suis sortie triomphalement avec mon tournevis à la main. Et là, stupeur - j'en ai fait un bon de côté - la mémé était soigneusement planquée derrière mon scooter, dans le recoin de mon mur, debout, en train de tricoter. J'ai a moitié hurlé: "Vous m'avez fait peur!!! Mais qu'est-ce que vous fichez là?!" "Je profite du soleil", me répondit-elle avec un sourire en coin. "Ben... Il n'y a pas du soleil qu'à ma porte, quand même...!" J'ai de nouveau claqué la porte. Mais la mémé ne décollait pas de mon mur, le nez quasiment dans ma fenêtre. Normal: le téléphone sonnait chez moi, et elle ne voulait pas perdre une miette de la conversation (c'est assez habituel: mes voisines s'arrêtent toujours longuement devant chez moi, lorsque je suis au téléphone).
C'était João. Alors rien que pour embêter la mémé, nous n'avons parlé qu'en français. Et João m'a soufflé une idée brillante: mettre de la musique bien fort. Mais pas n'importe laquelle. La plus difficile à supporter pour les oreilles d'une mémé de la campagne: du RAP! J'ai commencé par mettre un petit coup de La Harissa, un groupe lusodescendant assez virulent. Les "filho da p..." fusaient, mais la mémé n'a pas bronché. Alors, j'ai enchaîné sur Eminem. Rien. Elle avait même l'air d'aimer. Et si j'essayais Mamonas Assassinas, le Vira-vira, tiens...? Que dalle. Mémé fidèle au poste. En désespoir de cause, j'ai essayé Can't Stop, de Red Hot Chili Peppers, qui marche habituellement assez bien avec les vieux cons. Mais mémé s'accrochait toujours à mon mur... Alors, vraiment parce que je ne savais plus quoi faire, j'ai mis Cities in Dust, un bon vieux tube goth de ma jeunesse, de Siouxie. Et là, miracle! J'ai vaguement entendu marmonner un "música de m...." et la mémé est partie avec son tricot. Moralité: ne reniez jamais vos goûts d'adolescent; un jour, ils pourraient bien vous être utiles!Em português






















































































































































































